Table traditionnelle japonaise

Un de mes amis m’a demandé de fabriquer une table japonaise pour offrir à sa femme.

Planification

Après quelques recherches sur le design des tables japonaises, leurs utilisations et leurs dimensions, j’ai conçu et dessiné les plans de celle-ci. Ce sera une table familiale capable de recevoir 4 à 6 personnes.

Je voulais une table aux courbes linéaires et le plus naturelle possible. Son style sera des plus épuré mais légèrement relevé par une décoration dû à l’effet de l’assemblage. Elle sera constituée d’un grand plateau qui viendra s’emboîter, grâce à 3 tenons de type queue d’aronde, dans les embouts de la table supportés par les pieds.

Cette table sera constituée de cinq types de pièces que voici :

La sélection du bois

Une étape importante s’il en est. Pour ce projet, j’ai choisi l’érable et le jatoba pour leur beauté, leur robustesse et leur contraste.

Après avoir calculé le volume de PMP nécessaire à la réalisation, je suis allé choisir les planches de bois brut à ma scierie habituelle.

La préparation des planches

  1. Première étape : dimensionner les planches en longueur en se laissant un peu de jeu pour la coupe finale.
  2. Deuxième étape : passer les planches à la dégauchisseuse pour avoir deux surfaces planes et à angle droit.
  3. Troisième étape : passer les planches à la raboteuse pour obtenir deux surfaces parallèles et à l’épaisseur désirée.
  4. Quatrième étape : refendre les planches au banc de scie pour obtenir la largeur désirée et terminer l’équerrage.
  5. Dernière étape : couper les planches à la scie à onglet pour obtenir un angle droit aux extrémités et la longueur désirée. A ce stade-ci, les planches sont prêtes à être utilisées.

Le plateau

Commençons par sélectionner les « plus belles planches » et déterminer les faces visibles en fonction de leurs associations et des veines du bois.

Les planches seront assemblées en alternant l’orientation des cernes de croissance pour contrer le travail du bois qui, ne l’oublions pas, est un matériau vivant.

Pour l’assemblage du plateau, j’utiliserai les rainures et les languettes. Je réaliserai les languettes dans du MDF de 1/4″ et les rainures au banc de scie avec une lame à rainurer.

Un assemblage avec des biscuits (lamelles) aurait tout aussi bien fait le travail.

Nous pouvons passer au collage. Je le ferai en deux morceaux car ma raboteuse ne peut pas prendre plus de 13″ (environ 330 mm). Lorsque le tout sera collé, je passerai un coup de rabot #4 à la main.

Nous sommes à l’étape du « mouillage ». Il permet de faire ressortir les défauts et redresser les fibres du bois que j’éliminerai au ponçage avant l’application du vernis à base d’eau.

Je peux maintenant couper le plateau à la longueur finale à la scie circulaire. Pour cela, j’ai utilisé le guide que vous ai présenté dans cet article.

Les queues d’aronde

Chaque extrémité du plateau sera terminée par 3 queues d’aronde « semi-aveugles » qui viendront s’assembler aux embouts, eux-mêmes, assemblés avec les pieds.

Ce type d’assemblage est très jolie mais très délicat à réaliser car il nécessite beaucoup de précision et la difficulté augmente avec le nombre de queues d’aronde. Toutefois, il offre des caractéristiques mécaniques intéressantes et il est particulièrement solide.

La différence entre une queue d’aronde et une queue d’aronde semi-aveugle, ou recouverte, est que l’une traverse complètement la pièce de bois et que l’autre réalise aussi un assemblage à mi-bois. Elle s’arrête à mi-chemin.

  1. Première étape : marquer les queues d’aronde.
  2. Deuxième étape : enlever le surplus de bois à la toupie pour la réalisation de l’assemblage à mi-bois.
  3. Troisième étape : dégager les queues d’aronde à la scie sauteuse.
  4. Dernière étape : terminer au ciseau à bois.

Il faut des outils très bien affûtés pour travailler l’érable.

L’ornementation

A l’origine, cela n’était pas prévu mais lors de l’assemblage à blanc du plateau et des embouts, j’ai trouvé qu’il manquait quelque-chose. Cela ne ressortait pas assez et je trouvais cela un peu fade. J’ai donc décidé de surligner les queues d’aronde avec une bande de 5 mm de jatoba afin de faire ressortir celles-ci et apporter du contraste. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour ses amis ?

Les embouts

Ils accueilleront le plateau et le compléteront. Ils seront constitués d’une seule planche dans les lesquelles je réaliserai les queues d’aronde femelles.

A part la numéro 3, les étapes sont rigoureusement les mêmes que pour la réalisation des queues d’aronde mâles.

Ici encore, l’utilisation d’un ciseau à bois bien affûté est primordiale.

Avant de procéder à l’évidage, j’ai joint les deux morceaux pour n’en faire qu’un à travailler. C’est plus efficace et cela évite les éclats de bois.

Voici un assemblage à blanc :

On constate tout de suite la démarcation des queues d’aronde grâce au jatoba.

Nous pouvons passer au découpage de la largeur finale à la scie circulaire.

Pour terminer, les mortaises réalisées à la mortaiseuse :

Les pieds

La fabrication des pieds est relativement simple. Il faudra réaliser 4 morceaux à partir d’une planche de bois brut.

Avant / après :

Avec les tenons réalisés au banc de scie et les faces visibles choisies :

Voici un assemblage à blanc des embouts et des pieds :

Vous remarquerez la démarcation entre la largeur de l’embout et des pieds. C’est volontaire, c’est pour donner plus de portance au plateau.

Les coins arrondis

Purement esthétiques, ils serviront à « casser » l’angle droit des pieds et du plateau ainsi qu’à dissimuler les renforts.

Pour les réaliser, j’ai créé un panneau à partir de 3 planches dans lequel j’ai découpé un cercle circonscrit. Ensuite, j’ai séparé les 4 arcs de cercle obtenus.

Pour relever l’esthétique, j’ai pris soin de noter l’emplacement des arcs de cercle afin de les replacer « aux mêmes endroits » lors de l’assemblage. Les arcs qui se faisaient faces se feront faces.

Pour réaliser la coupe du cercle, je me suis fabriqué un gabarit pour ma toupie.

Les renforts

Ils serviront à renforcer l’angle d’assemblage des pieds au plateau de la table.

L’assemblage

Les pièces sont maintenant toutes terminées, nous pouvons passer à l’assemblage de la table.

Les embouts du plateau

Les pieds et les coins

Les renforts

Ils viennent terminer l’assemblage de la table. Voici un aperçu de celle-ci sans les bords arrondis.

La finition

Boucher les interstices

J’ai dû laisser du jeu pour l’assemblage des queues d’aronde que j’avais prévu de combler avec de l’érable. Pour ce faire, j’ai fabriqué de fines lamelles triangulaires que j’ai collé dans les interstices. J’ai enlevé l’excédant au ciseau à bois et j’ai fini au ponçage.

Les bords de la table

J’ai réalisé un quart de rond de 1/2″ (environ 13 mm) sur toute la longueur des côtés de la table. C’est plus sécuritaire (vous ne voulez pas vous cogner dans des coins d’érable aussi tranchant…) et cela relève le côté esthétique de la table.

Application du vernis

Avant, j’ai poncé à la main toute la table avec successivement du papier à sabler de grain #100, #120 puis #180.

Ensuite, j’ai appliqué 3 couches de verni polyuréthane pour plancher au pistolet HVLP*.

J’ai poncé au grain #0000 entre chaque couche.

HVLP = High Volume Low Pressure = Haut volume et basse pression.

Conclusion

La voici terminée et prête à être livrée.

J’ai apporté la table à mes amis et nous avons même dîné dessus. Je les remercie au passage, le repas était délicieux.

J’ai passé beaucoup d’heures sur ce projet et, comme vous avez pu le constater, il nécessite beaucoup d’étapes délicates. J’ai adoré chacune d’elle. La finition au vernis était particulièrement délicate. Elle aurait pu complémentent ruiner le résultat si mal réalisée.

Dans l’ensemble, je suis satisfait du résultat et j’ai encore appris lors de ce projet. Je peaufinerai certaines techniques à l’avenir.

J’espère que cet article vous a plu ? N’hésitez pas à mettre vos commentaires et au plaisir de vous lire…

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