Salle à manger

Et c’est parti ! Voici mon premier article sur la rénovation alors soyez indulgent.

J’ai acheté une maison de 1955 nécessitant beaucoup d’amour mais j’ai tout de suite vu le potentiel dont elle disposait. Tout est à refaire et à mettre aux nouvelles normes : l’électricité, la plomberie, l’isolation, la ventilation, la finition, etc. Mais avec un peu « d’huile de coude », tout est possible. Ce sera l’occasion de rédiger quelques articles sur la rénovation.

J’ai commencé par rénover la salle à manger dont il fallait remplacer la moquette en priorité. Celle-ci est en forme de « L » incliné dont les dimensions sont de 269″ x 102″ x 137″ x 79″ x 132″ x 181″ soit, environ, 683 cm x 259 cm x 348 cm x 200 cm x 335 cm x 460 cm.

Lorsque j’ai commencé ce projet, j’étais célibataire. Vous constaterez quelques changements d’idées lors de la lecture de cet article 🙂

Les planchers

Je voulais remplacer la moquette par un plancher de bois franc exotique comme le Jatoba* ou le Sapele*. Le bois franc est moins allergène et s’entretien mieux. Et tant qu’à faire les choses, autant s’amuser un peu. Je ne souhaitais pas une pose de plancher standard. Je n’ai rien contre cela mais je voulais quelque-chose qui sorte de l’ordinaire. Je me suis donc renseigné sur les différentes techniques de pose de plancher et sur les planchers eux-mêmes.

*Le Jatoba et le Sapele sont respectivement appelés cerisier brésilien et acajou africain.

Plancher flottant

Il s’agit plus d’un type d’installation que d’un revêtement de sol. Il est majoritairement fabriqué de matériaux synthétiques mais certains modèles ont une couche de véritable bois. Les lames du plancher ne sont pas fixées au sol, elles sont simplement posées et emboîtées entres elles. Ce qui en fait, probablement, le plus facile à installer. Il ne nécessite ni colle ni clous ni agrafes et peu d’outils. C’est l’ensemble du poids constitué de l’assemblage qui le maintient au sol.

Bien que la qualité des planchers flottants ait beaucoup évoluée ces dernières années, il ne se prête guère qu’à une pose à l’anglaise.

  • Économique ;
  • Très facile à installer ;
  • Convient à toutes les pièces ;
  • Possibilité de chauffage radiant.
  • Craint l’humidité ;
  • Il se poncera moins qu’un plancher massif ;
  • Mauvaise isolation phonique.

Plancher de bois franc ou massif

Il existe depuis des siècles. Il s’agit de lames composées à 100% d’une essence de bois, indigènes ou exotiques. Robuste, il a fait ses preuves à travers le temps et possède une grande durée de vie. Il peut être cloué ou agrafé.

  • Matière naturelle renouvelable ;
  • Très grande variété de choix ;
  • Facile à installer ;
  • Se ponce plusieurs fois ;
  • Se prête à toutes les poses ;
  • À essence égale, il est moins cher que le plancher d’ingénierie ;
  • Robuste.
  • Ne convient pas à toutes les pièces ;
  • Pas de possibilité de chauffage radiant ;

Plancher d’ingénierie

Il s’agit d’une planche de contreplaqué recouverte d’une couche de bois franc. Dernier arrivé sur le marché, sa popularité est croissante et sa structure est plus stable. Il peut être cloué, agrafé. collé ou posé flottant.

  • Convient à toutes les pièces ;
  • Bonne resistance à l’humidité ;
  • Possibilité de chauffage radiant pour certaines essences.
  • Plus délicat à installer ;
  • Il se poncera moins qu’un plancher massif ;
  • Plus dispendieux.

Certains vendeurs prétendent qu’il est plus écologique car il utilise moins de bois massif. C’est discutable étant donné que sa fabrication nécessite plus de procédés et certains produits chimiques comme la colle. Mais je ne rentrerai dans ce débat car ce n’est pas le sujet de cet article.

Les types de pose

Passons à la partie amusante. De nos jours, la plupart des parquets de bois sont installés en plaçant les lames parallèlement les unes aux autres, nommée « pose à l’anglaise », mais il existe une multitude de motifs quant à la pose des planchers. En voici quelques-uns que j’ai trouvé lors de mes recherches.

La pose à l’anglaise

Le grand classique et, probablement, le plus simple et le plus rapide à réaliser. Les lames sont de la même largeur mais pas de la même longueur. En règle générale, on récupère le restant de la dernière lame installée pour partir la nouvelle rangée.

Elle est aussi appelée « pose à joints décalés ou perdus ».

La pose à la française

Les lames sont parallèles entres-elles mais sont de longueur et de largeur différentes. On intercale deux lames de petite largeur puis une lame de grande largeur.

La pose en coupe de pierre

C’est le même principe que la pose à l’anglaise sauf que les lames ont toutes la même longueur. Comme pour un mur de briques, les joints arrivent au milieu de la lame de la rangée suivante.

La pose en échelle

Des lames courtes de même longueur et parallèles entres-elles sont intercalées entres des lames plus longues et posées à la verticale. Des lames plus fines peuvent aussi être mixées aux lames courtes afin d’accentuer l’effet échelle.

La pose en point de Hongrie

Très rependue en Europe, les lames ont toutes la même longueur et sont posées selon un angle variant de 45 à 60 degrés. C’est un de mes préférés.

Elle est aussi appelée « pose en chevrons ».

La pose à bâtons rompus

Cousine de la pose en chevrons à la différence que les lames sont posées en quinconce et bord à bord. J’aime beaucoup l’effet obtenu.

Nos amis anglophones l’appellent « Herringbone » ce qui signifie littéralement « Arête de hareng » mais ce traduit « chevrons » lorsque l’on parle du motif.

La pose à bâtons rompus doubles

Une variante de la pose à bâtons rompus.

La pose en fougères

Elle suit le même principe que la pose en point de Hongrie sauf que l’on vient séparer les chevrons par des lames verticales.

La pose en damier ou mosaïque

Les lames ont toutes la même longueur mais il faut que la somme des largeurs des dernières donne un carré parfait. Par exemple, 5 lames de 4″ (environ 10 cm) vous donneront des carrés et des lames de 20″ (50.8 cm). On alterne ensuite le sens de la pose des carrés.

Tous les motifs ci-dessus peuvent aussi être posés en diagonale.

Le parquet de Versailles

Il tire son nom du célèbre château. Une image valant mille mots, voici une vue éclatée d’un morceau composant le parquet de Versailles.

Il peut être réalisé d’une seule essence de bois, comme le chêne, ou du mariage de celles-ci.

Selon les règles de l’art, une tuile de parquet de Versailles est composée de :

  • 42 mortaise
  • 42 tenons
  • Le tout assemblé sans colle par 42 chevilles. (Respect !)
  • Les tuiles sont posées en diagonal par rapport au mur !
  • Elles mesurent, en général, 1 m de côté.

Magnifique ! J’adore ! Hélas, ma maison ne se prête pas à ce parquet. Imaginez le savoir faire et la patience qu’il fallait à l’époque. Les outils électriques n’existaient pas, tout était réalisé à la main. Chapeaux bas !

Si le parquet de Versailles vous intéresse, je vous conseille le site « Parque-de-Versailles » de M. Christian Pingeon qui est des plus intéressant.

Il existe beaucoup d’autres motifs, tous aussi beaux les uns que les autres, dont voici une liste non exhaustive :

  • Le parquet d’Aptenia
  • Le parquet d’Aremberb
  • Le parquet de Boulot
  • Le parquet de Chalais
  • Le parquet de Chaumont
  • Le parquet de Chantilly
  • Le parquet de Lapusa
  • Le parquet de Marisy
  • Le parquet de Montalembert
  • Le parquet du petit Versailles
  • Le parquet de Riglana
  • Le parquet de Saint-Fargeau
  • Le parquet de Stela

Chaque motif amène son lot de complexité. N’oubliez pas que le bois est un matériau vivant et qu’il va bouger selon les saisons. La pièce où il sera installée doit aussi être prise en compte. Le sous-sol versus une chambre à coucher à l’étage n’auront pas la même taux d’humidité.

De plus, les erreurs sont cumulatives. Elles se répéteront et s’amplifieront sur chaque lame et rangé. Surtout sur les poses en angle. Imaginez que sur une pose en point de Hongrie, vous vous rendiez compte que l’alignement ne fonctionne plus à la deuxième rangé. En plus de la frustration, il faudrait corriger la situation. A bien y réfléchir avant de se lancer…

Conception du « design »

Les couleurs

Je voulais mélanger les essences de bois pour jouer sur les contrastes des couleurs. Aussi, j’avais choisi l’érable et le jatoba. Deux essences que j’affectionne particulièrement et qui se marient très bien ensemble. De plus, les lames seront toutes en bois franc et de largeur 3 1/4″.

D’autres essences me plaisaient beaucoup aussi, comme le noyer noir américain ou le sapele mais ils ne rentraient malheureusement pas dans mon budget.

Parlons un peu budget et planification : le « tant qu’à faire » est votre pire ennemi. On se dit souvent, en cours de route : « Tiens ! Tant qu’à faire cela pourquoi pas ne pas ajouter ceci, cela ou remplacer tel matériau par un autre ». Et on se retrouve avec des délais explosés et un budget non tenu qui a crevé le plafond. C’est source de frustration et c’est, au final, démotivant. Mon conseil est de « marcher avant de courir ». Planifiez bien les choses et tenez-vous y. Commencez par livrer une version « 1.0 » quitte à la modifier plus tard.

Les motifs

J’ai conçu une matrice de la forme de la pièce pour pouvoir jouer avec les symétries de celle-ci et visualiser les différentes possibilités des motifs.

Pour le motif central, mon premier choix s’était arrêté sur le point de Hongrie et mon second sur le bâtons rompu. Restait à déterminer les dimensions du chevron et le sens de la pose, soit dans le sens de la largeur ou dans le sens de la longueur de la pièce.

J’ai finalement opté pour une pose à bâtons rompus de 19.5″ (environ 49.5 cm) dans le sens de la largeur de la pièce.

Ensuite, je voulais encadrer celui-ci d’un bord de 1 pied (environ 30.5 cm) de largeur. Il me restera à déterminer le type de motif qui constituera cet encadrement. Voici les différentes types de pose que j’avais envisagé.

Choix

En conclusion, ce sera… Roulement de tambours… Aucun de ceux-ci ! Entre-temps, j’ai rencontré ma conjointe et nous avons décidé d’agrandir, plus tard, la cuisine. Pour ce faire, nous aurons besoin de prendre une partie de la salle à manger. L’extrémité horizontal du « L » pour être exact. Voici la nouvelle matrice obtenue :

Après quelques tests à blanc, les bords écrasaient beaucoup trop la pièce et l’effet obtenu n’était pas joli. J’ai dû, à contre cœur, renoncer à la bordure de 1′ et la réduire à un simple encadrement de la largeur d’une lame. Ce sera donc une pose à bâtons rompus.

La rénovation de la cuisine fera l’objet d’un nouvel article.

La réalisation

Le type de pose est choisi, les matériaux sont achetés et les outils sont prêts, nous pouvons nous attaquer à réalisation.

Attention, âmes sensibles s’abstenir, voici quelques photos du point de départ :

Préparation

1re étape : enlever les moulures et la moquette.

Je dois avouer que j’ai eu un pincement au cœur en enlevant cette moquette marron. Je plaisante… Dans tout projet de rénovation, il y a toujours des surprises ! J’ai découvert le plancher d’origine, en merisier, sous l’épaisse moquette. Il a fallu l’enlever.

Passez un coup de couteau utilitaire le long de vos moulures pour qu’elles s’enlèvent proprement. Cela évitera que la peinture se déchire vers l’extérieur ce qui vous obligerait à corriger ensuite.

Cela ne concerne que moi mais j’enlève toujours les clous des moulures. Je pense aux personnes qui vont les manipuler lorsque je m’en serai débarrassé et je ne voudrais pas qu’elles se blessent. Aussi, les clous se recyclent très bien.

2e étape : refaire le sous-plancher

Le sous-plancher n’était, malheureusement, pas en assez bon état et j’ai dû le remplacer.

Pour ce faire, j’ai acheté des feuilles de contreplaqué d’épinette de 3/4″ x 4′ x 8′ (environ 1.9 cm x 122 cm x 244 cm) sur lesquels j’ai réalisé, à la toupie, des feuillures de 1/2″ (environ 13 mm) sur tous les côtés afin qu’elles puissent s’embouveter lors de la pose. Ensuite, j’ai décloué toutes les vieilles feuilles de contreplaqué, les ait découpé le long des murs, puis j’ai mis à niveau, collé et vissé au 8″ les nouvelles.

Voici la réalisation en images :

Voici une feuillure et deux feuilles embouvetées :

J’aurai préféré des feuilles de contreplaqué de sapin de Douglas (Douglas Fir) mais il fallait respecter le budget. L’épinette fera très bien l’affaire.

3e étape : l’isolation

J’ai utilisé une sous-couche isolante faite de mousse, feutre et polythène qui a les propriétés suivantes :

  • Pare-vapeur ;
  • Isolant acoustique ;
  • Isolant thermique ;
  • Corrige les petites imperfections du plancher ;

La pose est des plus simples, je l’ai collé au sol avec du ruban double-face. Je n’ai pas utilisé d’agrafe pour ne pas créer de pont thermique.

4e étape : la ventilation

Après avoir calculé le nombre de CFM* et vérifier la capacité de ma fournaise, je suis allé acheter les matériaux nécessaires à la pose de la nouvelle ventilation. J’ai remplacé les tuyaux de 4″ par du 6″ et les registres de plancher ont vu leurs ouvertures passer de 3″ x 14″ à 4″ x 10″.

Cela a considérablement réduit le bruit de la ventilation et augmenté l’efficacité de celle-ci. La pièce est chauffée ou refroidie beaucoup plus rapidement ce qui la rend plus confortable.

D’autres photos à venir…

*CFM : « Cube Feet per Minute » ou « Pied cube par minute ». Il s’agit d’une unité nord américaine pour calculer le flux d’un volume. Il peut s’agir d’un gaz comme l’air ou d’un liquide comme l’eau.

La pose

1er étape : la fabrication des lames

J’ai choisi un ratio de 6 fois la largeur des lames (6 x 3.25) donc les lames des chevrons ont une dimension de 3 1/4″ x 19 1/2″.

Fabrication d’un gabarit pour la scie à onglet

Afin de bien réussir la pose à bâtons rompus, la qualité de réalisation des lames de plancher est cruciale. Je me suis donc fabriqué un gabarit pour ma scie à onglet afin d’être plus efficace et d’éviter les éclats de bois lors des nombreuses coupes.

J’ai remplacé la lumière d’origine par une à ouverture zéro et les guides par des planches de MDF sacrificielles. Plus larges et plus longues, elles offriront plus de support. Une cale installée à 19 1/2″ de la lame me servira de bloc d’arrêt.

La qualité de la lame est primordiale sur ce type d’outil. Investir dans des lames bon marché ne vaut pas la peine, on finit toujours par le regretter. Si votre scie manque de puissance, remplacez la lame de 1/8″ par une lame de 3/32″.

Prenez le temps nécessaire pour régler vos outils avant de les utiliser, vous ne regretterez pas cet investissement.

Mon système d’aspiration est de type cyclone et il est des plus efficace. Les particules de poussières sont séparées et tombent dans le sceau. L’aspirateur garde ainsi toute sa puissance le long de son utilisation. A l’époque, je l’ai fait venir des états-unis mais on peut le trouver aisément au Canada aujourd’hui.

Après le dimensionnement des lames, j’ai réalisé, sur la table à toupie, les rainures et les chanfreins à 45 degrés.

Pour terminer, j’ai appliqué plusieurs couches de vernis à plancher sur les chanfreins.

Parfois, nos outils se dérèglent lors de l’utilisation. Donc, afin de m’assurer de la régularité des coupes, j’ai créé des tas de 6 lames assemblées perpendiculairement (à blanc) à 1 lame. Si la longueur avait bougé, je l’aurais vite descellé et aurais pu intervenir.

2e étape : la pose des lames

La première chose et la plus facile est de poser le cadre délimitant la nouvelle pièce. Ensuite, le point de départ de la pose est le centre de la pièce. J’ai donc tracé une ligne médiane par laquelle passeront les sommets des chevrons.

Il est primordial de bien partir sa pose et vérifier constamment l’alignement des chevrons.

Dans une chute de contreplaqué, je me suis fabriqué un triangle isocèle à 90 degrés suffisamment grand pour que les lames viennent s’appuyer sur celui-ci sans bouger. Il sera vissé au sol et me servira à venir accoter les lames de départ constituant les premiers chevrons.

Pour terminer la pose, j’ai fabriqué tous les morceaux restants sur mesure et noté leurs emplacements.

Si c’était à refaire, je ferais toute la pose à bâtons rompus dépassant légèrement l’intérieur du cadre. Ensuite, je couperais à la scie ronde et à l’aide d’un guide tout l’excédant intérieur du cadre. Enfin, j’installerais les lames formant le cadre et entourant la pose à bâtons rompus. Ce serait plus efficace et facile. Que voulez-vous, j’apprends 🙂

La pose est terminée, voici le résultat :

Les trous des registres de plancher ont été réalisés à la toupie.

D’autres photos à venir…

3e et dernière étape : la pose des moulures

Pour la finition, j’ai conçu et réalisé mes propres cadres et plinthes. Cela fait l’objet d’un article que je vous invite à lire ici.

En conclusion…

Même si le résultat ne correspond pas au plan original, je suis très satisfait. Il m’a fallu énormément de patience, beaucoup de soirées et de fin de semaines, pour réaliser ce projet. Je n’ose imaginer les menuisiers qui, autrefois, faisaient la pose des planchers des châteaux et autres bâtisses, entièrement à la main. Chapeaux bas messieurs !

Lors de mes recherches, je ne m’attendais pas à trouver autant de styles de pose. C’est un domaine artistique à part entière, qui plus est, lié à une partie de notre patrimoine historique.